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« Croire » ou « savoir » : pourquoi les mots ont leur importance en médecine

Lors d'une consultation récente, un patient m'a posé une question qui mérite réflexion :


« Pourquoi utilisez-vous parfois le mot croire plutôt que savoir lorsque vous expliquez votre compréhension d'un problème de santé ? »


À première vue, la nuance semble minime. Pourtant, elle touche à l'essence même de la pratique clinique et à la manière dont nous construisons nos connaissances en médecine.


Le piège de la certitude


Dans notre société, le savoir est souvent associé à la compétence, à l'expertise et à la vérité. Nous attendons du professionnel qu'il sache, qu'il explique, qu'il apporte des réponses.

Cette attente est légitime.

Cependant, lorsque le savoir se transforme en certitude absolue, il peut devenir un obstacle à la compréhension.

Penser que l'on sait déjà peut inconsciemment réduire notre capacité à observer ce qui se présente réellement devant nous. Les symptômes deviennent alors des cases à remplir, les diagnostics des catégories préétablies et le patient une illustration d'une théorie plutôt qu'une personne singulière.

Or, le vivant ne se laisse jamais totalement enfermer dans nos modèles.


Une médecine en perpétuelle évolution


L'histoire de la médecine est jalonnée de connaissances considérées comme incontestables à une époque puis révisées, nuancées ou parfois abandonnées quelques décennies plus tard.

Les avancées scientifiques reposent précisément sur cette capacité à remettre en question ce qui semblait acquis.

La science ne progresse pas parce qu'elle détient définitivement la vérité.

Elle progresse parce qu'elle accepte de réexaminer ses propres certitudes.

Dans cette perspective, utiliser le terme croire n'est pas un aveu d'ignorance. C'est reconnaître que toute connaissance demeure partielle et perfectible.


Croire : une posture d'ouverture


Dans ma pratique de la médecine traditionnelle chinoise, le mot croire renvoie à une attitude clinique particulière.

Croire, c'est :

  • continuer à observer sans préjugé ;

  • accepter que le corps humain soit plus complexe que nos modèles explicatifs ;

  • laisser une place à l'expérience vécue du patient ;

  • reconnaître les limites de nos connaissances ;

  • rester disponible à l'apprentissage.


Cette posture ne diminue en rien la rigueur professionnelle. Au contraire, elle exige une attention constante et une remise en question permanente.

Elle demande de rester pleinement présent à ce qui émerge dans la rencontre thérapeutique.


L'humilité comme compétence clinique


Les grands textes classiques de la médecine chinoise insistent fréquemment sur l'importance de l'observation et de l'écoute.

Le praticien ne se contente pas d'appliquer un protocole.

Il cherche à comprendre comment une personne particulière exprime son déséquilibre à un moment précis de son existence.

Cette démarche rejoint d'ailleurs une préoccupation contemporaine de nombreuses disciplines médicales : replacer le patient au centre du raisonnement clinique.

Le thérapeute ne possède pas la vérité du patient.

Il l'explore avec lui.

Cette exploration nécessite du savoir, bien sûr. Les connaissances techniques, physiologiques et thérapeutiques sont indispensables. Mais elles gagnent à être accompagnées d'une forme d'humilité qui permet de rester ouvert à ce qui n'entre pas immédiatement dans nos cadres habituels.


Quand écouter précède comprendre


Dans bien des situations cliniques, la compréhension n'apparaît pas immédiatement.

Elle se construit progressivement grâce à l'observation, à l'écoute et à l'évolution du traitement.

Les symptômes parlent parfois un langage complexe. Ils racontent une histoire qui ne se révèle pas toujours dès la première consultation.

C'est pourquoi l'écoute constitue souvent la première étape de toute compréhension profonde.

Avant de conclure, il faut observer.

Avant d'affirmer, il faut écouter.

Avant de savoir, il faut parfois accepter de croire.


Une médecine vivante


Pour moi, le mot croire traduit finalement une volonté de maintenir la médecine dans ce qu'elle a de plus vivant : sa capacité à apprendre, à évoluer et à s'adapter à chaque individu.

Le savoir est indispensable.

Mais lorsqu'il devient rigide, il risque de nous éloigner de ce qui fait la richesse de la pratique clinique : la rencontre avec l'humain dans toute sa complexité.

Car en médecine comme dans la vie, ce n'est pas toujours la certitude qui fait progresser.

C'est souvent la qualité de la question que l'on continue à se poser.


Écouter – Harmoniser – Transformer

Dominique JourdainNaturopathe MTC – Diplôme fédéral



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